Salon littéraire 26-10-2019

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Lors de ce salon littéraire Denise Missa était à l’honneur. Née en 1923 à Paris, Denise Missa dit être « rentrée en poésie » dès l’école primaire, son institutrice étant férue de François Coppée et d’Albert Samain. Au lycée, pendant la récréation, avec ses camarades de classes,  elle donnait des récitals poétiques sur des textes d’Alfred de Musset, Paul Verlaine, Arthur Rimbaud… Plus tard, Denise Missa s’essaie à l’écriture,  imitant Paul Eluard et René Char. Passionnée de cinéma, elle en admire la technique, « le lancement de flashes qui dénichaient la pensée de ses zones d’ombres ». Elle tente d’appliquer cette technique sur les mots, « de brusques éclairages, des résonances nouvelles, des associations insolites, de violents contrastes, une alliance du concret et de l’abstrait… » Cherchant ainsi « à éclairer sa méditation sur le Temps, sur la mémoire éclatée, sur la quête sans cesse décue et renouvelée d’un absolu inaccessible. » Fille du peintre de talent Edmond Missa et petite fille du compositeur de musique Edmond Missa, elle recherche dans son écriture à ce que « la Poésie devienne musique, devienne peinture. »

 

DISTINCTIONS  ET RECOMPENSES

Lauréate en 1993 d’un concours international organisé par l’Académie européenne des Arts, représentée par l’écrivain Paul Guth, qui lui a remis la médaille d’Or. 

Deuxième prix, sur 906 candidats, en 2002, d’un concours organisé par la Société des Poètes français et le Lions Club, dont le thème imposé était « le Temps ». A ce même concours, sur le thème libre, sélectionnée dans les 100 premiers lauréats et obtenu le prix du meilleur recueil. 

En 2004, premier prix Henri Fayolle décerné aux jeux Floraux de Toulouse, pour son recueil « Le Pas Suspendu ». 

En 2010, la ville de Bergerac lui remet le prix Audrey Bernard pour son recueil « Les Lisières Incertaines ». 

Denise Missa figure dans l’Anthologie des poètes du Quercy de Gilles Lades 

 Elle occupe depuis 2011 le fauteuil 20 l’Académie des Arts, des Lettres et des Sciences de Languedoc. 

Chevalier dans l’Ordre National du Mérite.

 

BIBLIOGRAPHIE

  • Le sentiment historique de Mistral,dans Nerto
  • L’amour courtois, l’amour adultèrein Bulletin de l’Association Guillaume Budé, n°2-3, Juin-octobre 1968. p. 347;
    https://www.persee.fr/doc/bude_0004-5527_1968_num_1_2_3030_t2_0347_0000_2L’amour courtois, l’amour adultère,Coll. des « Amisde la langue d’oc », Paris, s F.
    Dans cette mince et intéressante plaquette, l’auteur révèle quel’amour courtois au XIIe siècle occitan est un amour adultère — non pas par érotisme sensuelet malsain, mais par désir supérieur de surmonter les difficultés, d’atteindre alors la dame des pensées du troubadour, esclave prisonnière dans une société́ dure et  méprisante pour la femme. PourLes troubadours, l’amour adultère serait une sorte d’ascèse.
  •  Le guetteur d’argile, Éditions ARCAM , 1983
  •  Le pas suspendu, Éditions . ARCAM 2002,
  • Les lisières incertaines, Les Amis de la poésie, collection Le Poémier de plein vent, 2010
  • Reflets d’ombre , Éditions Nouvelle Pléiade, 2017

Des poèmes issus de ces différents recueils ont été lus par les membres de l’académie présents à ce salon littéraire. Pour les écouter suivre le lien ci-dessous :

https://youtu.be/5zYeB6fo75w 

 

TRAIN DE VIE

 

Ma vie pousse ses wagonnets

Sur des rails désaffectés.

 

Mais loin des gares

Roulent des trains 

Portes ouvertes sur le rêve.

Funambules au fil de la terre

Ils lacèrent les vents

Et griffent les espaces. 

Le Temps soumis à leur cadence

Se balance aux caténaires. 

 

Sillons de couleur picotés de lumières

Horizons percés de flèches d’or

Le rivage fuit

Le soleil bleuit

Une lune éclate

Une étoile zappe. 

 

Des trains égrènent leurs chapelets

Sur la voie lactée

Et s’évadent dans la nuit pâle…

 

Le guichet s’est refermé. 

La vie se range au bord des quais. 

 

 

CONTRE TEMPS

 

Le temps met ses bandeaux

Et détrousse l’espace. 

 

Plus d’abris pour nos peurs :

Ailes couveuses des toits

Remparts enlacés aux cités

Et l’étoile du phare

A l’écueil des naufrages.

 

Plus de pays à la mesure de nos pas

Et des traces muettes. 

Les rides de l’oubli sur le sable…

 

La vie

La mort

En deçà au-delà

Que t’importe ô voleur.

Dans un flottement de poudres trompeuses

Tu jettes

Nos dépouilles sans étiquette

Et tes larcins impénitents.

 

Arrête-toi !

Les amants enchanteurs

T’ont laissé en suspens

Dans leur filet magique

Et piègent te fuite.

 

Subtiliser l’éternité

Dans un instant si bref

Qu’il est déjà passé. 

 

AUTOMNE

 

Avec son odeur de vin bourru

L’automne glisse sur ses patins de brume

Et agite ses plumes dans l’arrière-saison.

 

Au bal de la bourrasque

Un falbala de feuilles de fruits

D’ors clinquants de rouge sang

Et la fleur safran.

 

La pierre démasquée s’empare des espaces.

L’exacte falaise marque son territoire.

Rivière au tranchant de ses berges

Chemins élagués au-delà des lisières

Vent nettoyeur.

 

Et les libations de l’automne

En marche vers les noces blanches

Où la vie et la mort échangent leur rituel.

 

OUTRE-MER

 

Une lame de fond

A emporté les films colorisés

Et les roses de sable du passé.

 

Le poète entre dans la vague

Nu.

Pontons balises à la renverse

Il fore sonde les surfaces sournoises

Plus bas au creux de la rumeur

Jusqu’à l’étroite lueur des fonds inexplorés.

 

Le voici dans un firmament d’étoiles de mer

Un frémissement d’algues flammées

Une danse ondoyante de palmes…

 

Respiration au cœur

Et la vie soulevée au souffle des abysses

Dans l’ivresse de la nuit chavirée.

 

Le poète sort de la vague

Vêtu d’outre-mer.

A son doigt

L’anneau de corail

Où se cache le talisman. 

 

 PEINTURE EN GRIS

 

Tant de blancs

Pour des cheveux gris

Blancs flétris

Au brouillard du Temps.

 

Tant de gris

Sur la palette d’une vie

Perlés pommelés

A la brosse au couteau

Gris d’ardoise

De fer de fumée

Gris d’argent

Cendre bleue

Éclairantes coulées

Aux lisères du noir. 

 

Des nuances indécises

Chatoient

Dans l’espace ambigu

Où rien ne se situe…

 

Les capter

Dans l’ondoiement du gris

Et ouvrir l’infini. 

 

 LE PAS SUSPENDU

 

La toile arachnéenne des chemins

Sur la carte des départs…

Tant de tracés pour piéger un destin

Tant de lignes de vie

Dans la main de la plaine

Tant de semences 

Dans les sillons de feu

Tant de soleils de fièvres

De moissons éblouies

Entre les cils de l’été

Tant de terres de mer

Pour un seul arc-en-ciel

 

Et mon pas suspendu

Au blason de la nuit

Aux nénuphars de lune

Sur l’alchimie des étangs

 

Suspendu

A des ténors imaginaires

A l’énigme des grottes

Où le bruit des cailloux

Appelle le silence

 

Suspendu

Aux rampes qui chancellent

Dans l’espace dénoué

Aux tremblantes lisières

Avant l’ultime saut

Dans la poudre du vent. 

 

GRAND ÂGE

 

Grand Âge

 

Je t’attendais à l’ombre du hasard

Sur le banc de pierres blanches

Je t’attendais sous les glycines de l’été

Les couleurs turbulentes de l’automne

A la vitre festonnée de l’hiver. 

 

Mais tu as bousculé les saisons

Inversé les chemins.

Grand Âge

 

Suspend un moment

Ton pas de fuite,

Entre dans le labyrinthe sournois

Des souvenirs,

Repeuple le ciel de mémoire

De mondes incandescents.

 

L’espace et le temps

S’enlacent dans la spirale de l’âge

Tu rejoins la vie sans limite

Que l’Univers habite. 

 

PROFONDEUR

 

Le ciel déploie son voile noir

L’horizon baisse ses barrières

Il est temps de creuser dans la terre soumise

Un puits d’évasion

Où parle le silence. 

 

Explorons la profondeur

Ouvrons la respiration des grottes

Que surgisse l’eau souterraine.

 

Il est temps de chercher sous la surface

La lumière tapie

Dans les replis de la nuit.

 

Belle sera la remontée

Si dans la quête fécondée

Le jour s’est étoilé. 

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